12 décembre 2011

La Barbe ou comment ruiner la crédibilité déjà vacillante du féminisme en 4 minutes top chrono.

Lecteur militant,

Tu as sans doute entendu parler de l'éclatant passage du groupe d'actions La Barbe au Petit Journal de Yann Barthès. C'était le vendredi 9 décembre (12'20'' environ) et c'est déjà mentionné dans les livres d'Histoire au rayon naufrages célèbres, à côté de la Méduse, du Titanic, de l'Erika et autres Prestige. De la même manière que les associations environnementales ont obtenu la création en droit du "préjudice écologique" qui les autorise à demander réparation pour les dégâts infligés à l'environnement, on devrait instaurer d'une manière générale un "préjudice de cause", parce que là, la Barbe vient de marquer trois buts contre son camp en un seul match.

Ça me fait d'autant plus mal que tu l'auras compris lecteur, j'adhère complètement à la cause. Mais alors, pas du tout de la même manière. C'est à se demander si on les torture pour qu'elles ne sachent plus qu'aboyer et mordre en guise de réponse. La résurgence de la misogynie et l'hostilité croissante que rencontrent les féministes est vraiment préoccupante, mais d'un autre côté, comment espérer autre chose quand un tel fiasco s'affiche sur Canal + ?

Le but n'est évidemment pas de taper sur ces jeunes femmes qui ont été envoyées au charbon sans préparation préalable, visiblement. Si même les politiques et leur armada de conseillers en communication arrivent à se faire déstabiliser par Yann Barthès, je ne vois pas comment deux militantes dont l'activité principale consiste à se cacher derrière une barbe pour aller foutre le bordel à droite à gauche auraient pu assurer sur le plateau de l'émission.

Bref, pourquoi ce passage à la télévision est un désastre :

- Elles attaquent aussitôt arrivées : Le Petit Journal les remercie d'être venues et leur donne la parole. Réponse : Merci bande de phallocrates, vous ne valez pas mieux que les autres.
Remarque : Quand on est invité chez quelqu'un qui en plus nous fait des politesses, c'est plus correct de ne pas tacler d'entrée de jeu, même chez Cauet.

- Elles ne répondent pas aux questions qui leur sont posées : Quand Barthès leur demande pourquoi elles portent une barbe, symbole fort car à la fois le nom de leur collectif et leur accessoire principal (et donc occasion en or de faire passer un message positif sur leurs actions), ça enchaîne direct par une attaque.
Au mieux, ça fait penser à des lycéennes qui ont appris leur exposé par coeur. Moi ça m'évoque la langue de bois si chère à nos représentants politiques, qui font des débats publics et télévisés une fantastique négation de la démocratie, puisque quelles que soient les questions posées on y répondra par le discours qu'on a préparé. Ici ce qui est drôle c'est qu'elles ne s’embarrassent même pas des pirouettes discursives (qui te donnent l'impression que tu es trop con pour comprendre la réponse de l'interrogé alors qu'en vrai c'est juste qu'il ne répond pas à la question) et que du coup même les huîtres sont capables de noter qu'elles sont hors-sujet.

- La base, pour ne pas dire l'unique composante de leur argumentation est statistique : Elles n'évaluent l'égalité homme-femme qu'au pourcentage de femmes dans tel ou tel secteur, quand on aurait besoin d'une explication sur les causes profondes de cette situation. En gros, on argumente avec la conclusion.
C'est vraiment à mon sens un raisonnement contre-productif, car cela revient paradoxalement à faire prévaloir la sexualité des individus sur leurs compétences. Il me semble qu'à la base c'est l'inverse qu'on recherche.

- Evidemment, Barthès ne les rate pas et leur montre la stupidité de leur raisonnement : Le métier de présentateur du JT s'est fortement féminisé ces dernières années : "C'est David Pujadas qu'il faut sauver, non ?"
J'ai ri.

- Elles affichent une vision un peu primaire de la cause féministe : Le problème principal selon ces dames : "Il y a des hommes partout, il y a des hommes en poste de direction et de pouvoir."
Merci de l'info, on s'en était pas rendus compte en fait.

- Elles sont agressives : Barthès souligne que certains hommes ont peur des féministes, peuvent-elles expliquer qu'elles ne veulent aucun mal aux hommes ? Unique réponse : on vous fait peur ? (sourire sardonique et auto-satisfait).
C'est là encore une opportunité d'expliquer que le féminisme n'est pas un mouvement de revanchardes ou d'atrophiées du clito, que son objectif n'est pas le matriarcat ou une société androgyne mais l'égalité qui se fonderait sur l'appréciation de l'individu et non pas de son sexe. Bon, en vrai c'est vachement plus facile de la jouer rageuse.

Et le point culminant du malaise, la perplexité de Yann Barthès, tiraillé entre un franc amusement et une réelle déception. On connaît le personnage, si son intention initiale avait été d'attaquer la cause, il ne se serait pas gêné, surtout avec autant de matière à rire (mieux vaut en rire en effet). Mais non, il s'agissait bel et bien d'une tribune accordée au féminisme qui a complètement loupé une occasion de faire valoir sa cause.

Du coup, cette vidéo a piqué ma curiosité. Je suis allée sur le site Internet de La Barbe pour me renseigner sur leurs principes d'action et leurs objectifs. Nom d'un blaireau, pas déçue du voyage.

Le principe, c'est donc de débarquer au milieu d'une sauterie majoritairement voire exclusivement orchestrée par des hommes, sans rien dire, en arborant des barbes.
Extrait : " Les Barbes se tiennent droit devant ou derriere leurs victimes. La scene est silencieuse, digne, picturale. La présence des femmes à barbe sagement disposées en ligne ou en pointillé parmi les costumes trois pieces, parle d'elle-même : il fallait du poil au menton pour en être ! "
Sur le principe je trouve ça très rigolo, et même intelligent. C'est une action forte et symbolique qui constitue un moyen ludique d'interpeller l'opinion.
C'est après que ça se gâte.
Si elles prennent la parole, c'est pour tenir à leurs "victimes" (!) des propos comme ceux-ci : " Pour autant, la présence d'une représentante de la gent féminine est une menace qu'il faut prendre au sérieux. Il importe de garder le sens de la mesure. Il ne faudrait pas, sous prétexte de diversité, que les hommes perdent le contrôle des commandes à leur corps défendant ! "
Elles suggèrent ensuite de féliciter les membres de l'organisation visée en les appelant par leurs prénoms.
Et le final en aopthéose :
" Le but ultime de La Barbe n'est pas tant d'installer quelques femmes de plus dans les clubs d'hommes régis par des hommes, créés pour des hommes, même si l'irruption des femmes dans ces lieux est légitime et nécessaire. La Barbe entend dénoncer l' hégémonie et le monopole du pouvoir, du prestige, de l'argent, des privilèges par quelques milliers d'hommes blancs, en ringardisant leurs codes, leurs manies, leurs valeurs. "
Provocation gratuite, attaques ciblées, schémas d'interprétation simplistes et généralisation : bravo les filles, vous avez trouvé la recette exacte de la mobilisation stérile.

Pour information, le féminisme ne doit pas se construire contre les hommes mais avec les hommes. La lutte des classes, c'était vers 1848, c'est pas que l'idée soit mauvaise mais elle commence à sentir un peu la naphtaline.
Non, il n'y a pas complot patriarcal mondial qui fait de tous les hommes des complices volontaires de la domination masculine : comme nous, les hommes ont hérité d'une société où la domination est tellement routinisée qu'on ne la voit plus ni ne la questionne plus.
Oui, c'est notre rôle en tant que féministes de la questionner et de faire remarquer quotidiennement aux hommes qui nous entourent les situations où se manifeste le sexisme ordinaire.

Prière de ne pas le faire de manière ridicule.

6 décembre 2011

A bas les écolos. Vraies idées reçues sur les amis de la nature.

Après green is in, Cosmopolitain, Elle, Glamour et autres revues philosophiques pertinentes l'ont décrété : green is has been. Ceci n'est pas pour déplaire à Kimberley, qui trouvait cette tendance un peu moralo. D'ailleurs, Kimberley nous a écrit pour pousser un coup de gueule contre les donneurs de leçon qu'on n'arrive plus à faire taire depuis une vingtaine d'années.


Pourquoi les écolos nous font chier (et certainement pas dans des toilettes sèches)
Par Kimberley Epinards


A l'heure où les terroristes environnementaux s'ébattent dans les centrales nucléaires, je souhaiterais protester contre le discours moralisateur et culpabilisant de quelques personnalités politiques périmées qui se sont repeint la gueule en vert avant de faire leur grand come back dans l'arène médiatique. Et de tous leurs fervents adeptes bouffeurs d'herbes et de graines. 

Si l'homme est au sommet de la chaîne alimentaire, ce n'est pas pour contempler le cul des vaches. Il faudrait consommer moins de viande parce que les bovins pètent et que forcer sur la viande rouge donne le cancer. Aujourd'hui, tout donne le cancer, surtout vos clopes roulées de merde. Vous vous imaginez sérieusement demander un menu soupe de poireaux au restaurant, au motif que les vaches ont trop de gaz ? Rien de plus naturel que de péter, et vous les écolos qui prétendez être les amis de la nature, ne nous sortez pas de prétextes douteux pour qu'on achète votre tofu. 

Citoyens nationaux, rebellez-vous ! Dites non aux aliments venus d'ailleurs: le véritable objectif des écolos est de semer la zizanie dans nos économies, de détruire la production agricole et l'élevage pour instaurer le commerce équitable et autres aberrations, et bientôt si on ne fait pas gaffe on se retrouvera à gratter la terre pour 3 tomates bio comme un paysan moyennâgeux. Au quinoa de Bolivie opposez la pomme de terre bien de chez nous, quoique maintenant que j'y pense elle vient de la cordillère des Andes et a remplacé l'infâme rutabaga lui bien euro-européen. Non au lait de soja, aux biscuits à l’épeautre et autres infusions de queues de cerises, si on a importé le fast-food en France ce n'est pas pour bouffer sain !

Les écolos veulent nous faire trier les déchets : ont-ils sérieusement regardé la gueule d'un papier recyclé et envisagé de s'en servir pour quelque chose ? Et pensent-ils vraiment que je vais me déplacer EN VELO jusqu'à la poubelle à verre pour jeter quelque chose que je peux mettre dans la poubelle de ma cuisine ?

Les écolos veulent nous faire prendre les transports en commun, covoiturer, pédaler... N'a t-on pas inventé la voiture pour s'éviter toutes ces emmerdes ?

Preuve indiscutable d'une volonté de régression : les écolos, les alters et autres prophètes du bio nous demandent de limiter notre consommation de ci et de ça, quand on peut commander l'iPhone 4S et le recevoir chez soi 2h plus tard 6 mois seulement après avoir acheté un iPhone 4. N'est-ce pas là la preuve d'une opposition farouche au progrès ?

Les écolos fouinent dans les dépôts-ventes, s'affichent sans honte à Emmaüs et considèrent le vide-grenier comme une activité acceptable et même agréable le dimanche. Quand on peut commander une écharpe en quelques clics sur Ebay et la faire venir de Hong-Kong en Chronopost, puis passer le reste de son dimanche à pianoter tranquillement sur son iPhone 4S en checkant son Facebook toutes les 7 minutes.

Bientôt on fera des préservatifs recyclables et on s'éclairera à la bougie, bientôt on collectivisera les terres et on y fera pousser des topinambours et des scorsonères, bientôt on épandra notre caca en guise d'engrais sur les topinambours et les scorsonères, et peut-être qu'on s'achètera des brebis aussi.
Je vous le dis, les écolos sont une secte en puissance qui fait passer la scientologie pour le club Dorothée : leur objectif est de substituer la morale bio aux fondements judéo-chrétiens de notre société en utilisant les mêmes stratégies odieuses : culpabilité permanente, austérité, privation.

Ne nous laissons pas retirer notre liberté, notre bonheur : nos grand-parents avaient-ils la chance de pouvoir aller tous les mercredi au McDo après la séance de Mission Impossible Protocole Fantôme ? Pouvaient-ils oublier leurs quotidiens mornes en regardant L'amour est aveugle ? Avaient-ils la chance d'avoir un iPad, un ordinateur, un téléphone portable, un iPod, deux voitures, une piscine privée, et de pouvoir laisser les lumières allumées  ?

Surtout : pourquoi je me priverais de tout ça alors que mon voisin lui a trois télévisions et les laisse tout le temps allumées ?

L'écologie est un complot obscurantiste.

28 novembre 2011

Arrêt Tortue Rose, 28 novembre 2011, Droit contre commun des mortels.


Tortue Rose
statuant
au contentieux


N° 48 354
Publié au recueil Lebon

M. De Machin, président
M. Paris, rapporteur
M. Trucmuche, commissaire du gouvernement


lecture du lundi 28 novembre 2011
REPUBLIQUE FRANCAISE


AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu la requête présentée par Mme L., juriste de son état, résidant à ... , représentée par sa propre personne, demandant à ses étudiants de 4e année de répondre à une question simple dont la formulation exacte est la suivante "Comment le citoyen peut-il saisir un tribunal ?"

Vu les cours de droit constitutionnel, administratif, communautaire et international suivis au cours du cursus des étudiants,

Vu l'appartenance des étudiants aux 1,4% d'élèves inscrits en Grande Ecole

Vu la question de Mme L. qui fut suivie d'un silence embarrassant dont la référence directe à une ignorance crasse ne peut être mise en doute,

Considérant de fait que les étudiants ne sont pas en mesure d'exercer l'un de leurs principaux droits citoyens sans googler au préalable

Considérant que l'organisation des juridictions en France est aussi limpide que la théorie des cordes en physique quantique,

Considérant que le nombre de tribunaux différents existants donne un sens à "plus l'infini",

Considérant que les gens qui y travaillent portent des robes, se donnent des noms de sado-maso et s'expriment dans une langue qui fait passer l'occitan pour mélodieux,

Considérant qu'on peut entendre législateurs, juristes, juges et avocats jargonner entre eux pendant plusieurs heures sans entraver que couic au laïus de ceux qui maîtrisent nos droits et rédigent les lois de notre pays,

Considérant que les concours de la magistrature et du barreau comportent des oraux où l'objectif est de prononcer des phrases d'une demi-page sans reprendre son souffle sous peine d'être éliminé, que le règlement d'examen fixe un seuil acceptable de ponctuation dont le dépassement entraîne l'échec du candidat, que la note des épreuves écrites est une moyenne du nombre de propositions que comportent les phrases et que le candidat reçoit des points bonus pour la lourdeur stylistique,

Considérant que passer une journée entière à lire des textes sur Légifrance conduit au même état que l'écoute prolongée de la hardteck.

Décide :

Article 1er : Le droit est une discipline obscure.

Article 2nd : La requête de Mme L. est rejetée : les étudiants présentent plusieurs motifs légitimes pour être restés cois.

Article 3 : Une étude doit être menée sur les effets psychotropes de la lecture d'un arrêt du Conseil d'Etat, distribuer des Code Civil dans tous les collèges et lycées de France pouvant éventuellement résoudre le problème de la drogue.

Article 4 : La présente décision sera notifiée aux étudiants de 4e année, à Mme L., et à tous les balourds de la langue française.

21 novembre 2011

Le désir féminin et les bons conseils de Femme Actuelle.

Lecteur libidineux,

Ce matin par curiosité j'ai googlé "désir féminin" en pensant bêtement qu'il en sortirait des infos sur comment ça marche, scientifiquement parlant. L'idée a beaucoup fait rire le Troll (mon coloc), fervent adepte des forums underground et cynique pratiquant.

Evidemment, l'écrasante majorité des articles se sont imposés la noble tâche de t'apprendre à booster ton désir, mode "JOUIS A TOUT PRIX, et si tu n'y arrives pas, ne panique pas. Va t'acheter un canard vibro, pique-toi au gingembre ou inscris-toi à un cours d'éjaculation féminine et tu seras de nouveau normale". J'ai du zapper cette épisode de l'Histoire où Olympe de Gouges dans sa lancée a également annexé les 10 Commandements avec un "Tu jouiras de tout ton saoul à chaque fois que l'occasion se présentera pour rattraper deux millénaires où nous n'étions que des utérus à deux pattes."

Inciter les femmes à écouter leur désir, l'intention est louable. Leur enjoindre l'obligation de jouir à la moindre occasion sous peine d'être étiquetée "frigide" est en revanche un problème. Surtout si tu considères qu'à l'inverse rien dans la perception sociétale du désir féminin n'a réellement changé. Pour une grande majorité d'individus, une femme qui assume sa libido continue d'être estampillée Salope, n'en déplaise aux rubriques "sexo" du monde entier qui placent la normalité quelque part pas loin de l'obsession sexuelle. Combien d'amies fans de Sex & The City sont les premières à étouffer un "Putain t'as vu la tasspé ?" en lorgnant une fille qui porte le même décolleté qu'elles ?

Schizophrène, vous avez dit ?

Sur ce, je m'en vais commander un gode dauphin double pénétration pour remédier urgemment au fait que je ne me masturbe pas assez régulièrement.

TR.

20 novembre 2011

Ceci n'est pas un blog féministe.

Lecteur misogyne, féministe complexé, je-m'en-foutiste décomplexé

Je fais partie de ces filles qui s'enflamment à la moindre blague machiste, et j'éclaterais volontiers l'ensemble du service à vaisselle sur la gueule du plaisantin qui m'aurait enjoint de le nettoyer parce que j'ai deux chromosomes X. 

Ceci étant dit, tu peux fermer la page et te dire que ces grognasses de féministes nous font chier.

Sinon, si tu t'emmerdes, et ne me dis pas le contraire parce qu'on est dimanche, tu peux lire les quelques lignes dans lesquelles je vais essayer de te prouver qu'on peut être féministe sans être rageuse, lesbienne ou nunuche.

Déjà, pour commencer, on n'est pas exactement féministe. Disons que le mot ne convient pas : on est quelque chose comme "égalitariste". Le but n'est pas l'amélioration de la condition féminine mais l'égalité des sexes, qui de fait englobe l'amélioration de la condition féminine. Ce qui implique aussi de réfléchir aux contraintes -moins nombreuses certes, mais bien réelles- qui pèsent sur la condition masculine. Au final, c'est d'obtenir que les individus puissent faire des choix de vie qui ne soient pas dictés par une conception stéréotypée des rôles masculins et féminins, sans qu'on leur mette des bâtons dans les roues.

Caisse de communauté : si tu penses que le féminisme c'est de couper les couilles de DSK et de les faire griller à la plancha, retourne à la case départ sans toucher 200$.  

La discrimination positive par exemple est un énoncé qui se détruit tout seul, un instrument qui contredit l'objectif dont il est au service. Instaurer des quotas, ça veut dire choisir les personnes en fonction de leur appartenance sexuelle. Tu l'ignorais peut-être Claude, mais sache que tu as eu une promotion canapé, au moins symboliquement parlant (le reste ne nous regarde pas). En bref, instaurer des quotas c'est protester contre un mode de fonctionnement en employant exactement ce mode de fonctionnement. 

Et tout le monde de se taper dans le dos avec satisfaction en enfournant un petit four avec l'autre main. 9 femmes au gouvernement, bravo Roselyne et à l'année prochaine pour une nouvelle avancée sur la parité et l'égalité des sexes. 

Coucou, l'égalité des sexes ce sera le jour où tu ne viendras pas planquer l'immobilité des moeurs derrière des statistiques qui ne veulent rien dire. Ce sera le jour où chacun aura sa place pour ses capacités, et qu'on se foutra pas mal de savoir si ce sont des hommes ou des femmes.

L'égalité homme-femme ce sera le jour où il n'y aura plus besoin que ces grognasses que tu détestes tant fassent du barouf à base de clito et de "non à l'appellation mademoiselle", qui sont deux campagnes parfaitement stupides mais qui ont le mérite d'agacer la misogynie rampante. 

Non, si le formulaire comporte une case mademoiselle, ce n'est pas parce que l'homme qui l'a rédigé fait partie d'une société secrète du complot patriarcal mondial, mais juste parce que c'est une habitude. Oui, c'est une habitude qui n'a pas lieu d'être quand on y pense, et oui, ça mériterait d'être supprimé, puisque ça implique que le statut de la femme dépende de son statut marital. Après, est-ce qu'on est obligés d'y aller avec des gros sabots, en dénonçant l'oppression et la persécution, j'ai quelques doutes. Idem pour le clitoris, est-ce que c'est vraiment nécessaire d'étaler des organes génitaux sous prétexte que le désir féminin est bridé, je ne suis pas sûre. 

Mais si deux injustices flagrantes que sont les écarts de salaires et les violences faites aux femmes sont des luttes prioritaires, j'ai le sentiment que rien ne changera tant qu'on n'aura pas engagé une réflexion de fond, non pas sur le statut de la femme mais sur la possibilité pour l'individu de construire son identité en dehors du carcan du genre. Et cette réflexion doit venir de tous, car si les clichés persistent, c'est aussi et surtout parce qu'une grande majorité de femmes les acceptent et les relaient.

Tout ça pour dire que je ne suis pas d'accord avec celles que tu appelles les grognasses, parce qu'elles adoptent les mauvaises perspectives, et encouragent sans le vouloir l'exact contraire de ce qu'elles veulent obtenir. Ca n'empêche que tu les appelles les grognasses. C'est vrai que c'est agaçant quand on nous fait remarquer nos attitudes et réflexions stupides alors qu'on se comporte par habitude.

Mais les grognasses, les lesbiennes, les intellos, les cruches, les couveuses et les salopes n'ont pas fini de dénoncer toute manifestation de machisme ordinaire, pour arriver un jour peut-être à une société où chacun pourra trouver sa place en dehors du fait d'être un homme ou une femme. Ceci n'est que l'introduction d'une longue série de billets où j'espère bien vous montrer que le genre nous emmerde tous.

Bien à vous,

TR.

18 novembre 2011

Les formes de comique selon la Sécurité Sociale.

Lecteur indigné,

Il est de ces plaisanteries douteuses qu'on ne se lasse pas de nous faire, et ce, que l'on déploie des trésors de diplomatie, des perles d'ironie ou qu'on tape du pied, la figure toute congestionnée.

Quand j'étais au Canada, j'ai plusieurs fois patienté avec affliction dans la salle d'attente de la clinique sans rendez-vous. J'ai attendu jusqu'à cinq heures sur une chaise pourrie à regarder la moitié de la population du Canada tousser et se racler la gorge, en étant moi-même en assez mauvais état. Tout ça pour me faire prescrire n'importe quoi alors que je n'ai même pas fini de décrire mes symptômes, et de raquer le tout plein pot à la pharmacie parce qu'en Amérique du Nord rembourser les médicaments est une idée délirante étiquetée communistes et fumeurs de cigares.

Mais, parée dans mon sentiment national, je ricanais tout bas à la perspective de retrouver la douce France et son système de Sécurité Sociale et de laisser les canadiens à leurs cachetons à 8$ l'unité.
C'était bien sûr avant que les avantages qui étaient les miens quittent le navire et me laissent sombrer dans l'océan de la protection sociale.

Confortablement couverte par Papa jusque-là, j'étais censée l'être jusque mes 20 ans, et même jusque mes 28 à la condition d'avoir un statut d'étudiante. Ayant eu 20 ans en 2011, et n'ayant pas l'intention de me séparer de ce si confortable statut d'étudiant avant quelques années, j'étais donc censée ne pas me soucier de ma couverture.

C'était bien évidemment sans compter sur la participation de la Camieg qui a "omis" de nous préciser que leurs règles avaient changé. Et c'est donc un beau jour de juillet que je réalise que je ne suis plus couverte depuis 3 mois. Merci Camieg.

Pas de couverture et pas de carte européenne d'assurance maladie donc jusqu'au 1er octobre, date de mon affiliation officielle à la sécurité sociale étudiante. Notez que j'ai eu l'idée brillante de ne pas tomber malade durant cette période sans filet (et ce n'est pas faute d'avoir essayé en Grèce en m'enfournant des baklavas).

Comme le dit l'adage : plus on est de fous, plus on rit ! Alors, la LMDE, qui ne voulait pas être en reste, a décidé de prendre part à la marrade.

J'ai reçu un courrier en date du 15 novembre (rappel : date d'affiliation = 1er octobre) stipulant que j'allais recevoir un courrier. Dans lequel figurera la liste des documents que je dois envoyer pour qu'ils confectionnent ma carte vitale, son activation étant bien sûr tributaire de l'envoi de mon ancienne carte vitale après réception de la nouvelle.

Je planche donc pour son obtention en 2014. C'est quand même dommage que je ne sois plus étudiante à ce moment-là.

Bien sûr, le comique de situation est meilleur quand il y a aussi comique de répétition. Donc ce matin, au laboratoire d'analyses médicales.
LA SECRÉTAIRE : Vous avez déclaré un médecin traitant ?
TORTUE ROSE : Oui, Trucmuche, mais il est pas dans la région.
LA SECRÉTAIRE : Vous voulez dire que vous ne l'avez pas déclaré à la LMDE ?
TORTUE ROSE : Non, je l'ai déclaré avec mon ancien centre de remboursement.
LA SECRÉTAIRE : Ah. Donc vous serez pénalisée, parce que Trucmuche il est pas du coin.
TORTUE ROSE : Par quel truchement aurais-je pu déclarer un médecin traitant à la LMDE alors que mon dossier a passé un mois et demi dans la stratosphère avant qu'ils se rendent compte de mon affiliation ?
LA SECRÉTAIRE : ...
TORTUE ROSE : Ouais, laissez tomber. (Et mettez moins de rose).

Et ma mutuelle... Bon. Je m'arrête là pour ce soir.

"Gólgota Picnic" de Rodrigo Garcia : beaucoup de bruit, pour le plus grand bien.

Blogueurs acharnés et cyberbrebis égarées,

Vous avez peut-être entendu parler de cette pièce de théâtre qui scandalise actuellement une partie de la communauté chrétienne française, criant hâtivement au blasphème et au sacrilège parce que l'image du Christ y est -c'est vrai- malmenée.

La création contemporaine est un ensemble hétérogène et inégal, souvent accaparé par des spécialiste de la masturbation intellectuelle fascinés par le déballage de sexes et le lancer de caca. Peut-être est-ce un manque de sensibilité artistique de ma part, mais je m'avoue humblement incapable de me gratter la moustache en prenant l'air intéressé derrière des lunettes à grosse monture qui servent à corriger des problèmes de vue que je n'ai pas. Je reste simplement perplexe devant l'incroyable vacuité de ces "oeuvres d'art", dont aucune ne semble impossible à légitimer du moment qu'on y accole un certain nombre mots incompréhensibles au commun des mortels, tout aussi vide de sens par ailleurs.

Malgré tout, j'avais réservé ma place pour Gólgota Picnic en me disant qu'au moins une fois dans ma vie j'aurais assisté à un spectacle de ce genre, et l'explosion d'articles sur Google Actualités a excité mon côté romanesque. Peut-être assisterai-je à la bataille moderne d'Hernani, au renouveau du théâtre comme vecteur de polémique et de changement ?

Bon. Peut-être pas tout de suite, la révolution.

Néanmoins, ça mérite que je vous en parle un peu.

Je suis arrivée hier devant le Théâtre Garonne vingt minutes avant le début du spectacle. Des policiers partout et surtout cette image frappante : cinquante, peut-être cent croyants étaient massés devant le théâtre, bougies allumées et jeunes au premier rang (mode promo des JMJ : on), en train de prier. Et les spectateurs, eux, de se diriger vers l'entrée en jetant un oeil intrigué aux manifestants. Pas d'accrochage, pas de heurt : on sentait la maréchaussée plutôt tendue, un peu comme si tu t'étais échauffé vingt minutes pour te rasseoir dans ton canapé et mater un Sochaux-Lens. 

Fouille à l'entrée, dépôt des sacs et manteaux au vestiaire : on croirait passer la frontière américaine.

Dans la salle, la scène est déjà installée. Vision saisissante : elle est immense, et entièrement, je dis bien entièrement, recouverte de pains de hamburgers. Référence semblerait-il évidente à la multiplication des pains par le Christ. N'ayant jamais été au catéchisme, je vous crois sur parole et me contente de me demander combien de menus Best Of ils ont bien pu commander pour faire une moquette pareille. On a les référence qu'on a.

Dans un coin : des chaises et une nappe à même le sol. Un pique-nique. Un grand écran derrière la scène ou s'affichent ces mots : « J'ai honte de présenter une œuvre d'art protégée par des mesures de sécurité. ». Les acteurs arrivent l'air de rien, prennent place, et à partir de là, mes yeux n'ont pas pu se détacher du spectacle fascinant-dégoûtant qui se jouait devant nous. La force du texte de Rodrigo Garcia est incroyable. Des monologues se succèdent, cruels et terribles, poétiques ou triviaux. 

Ah, oui, il faut savoir que si vous débarquez à un spectacle contemporain en pensant y voir des personnages et une intrigue, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil jusqu'à l'épaule. On n'est pas au théâtre de boulevard, merde.  Evidemment, la conséquence de tout ces auteurs et metteurs en scènes qui prônent l'abolition de contraintes poussiéreuses tout juste bonnes à régir une énième adaptation pourrie d'un Feydeau, c'est qu'il n'y a plus d'intrigues ni de personnages nulle part. Et qu'en prônant tous de se libérer des contraintes, ils ont créé une nouvelle contrainte qui est de se libérer de la contrainte.

Euh, Doliprane ?
Bref.

Un flux de paroles et en parallèle, des images, des performances, des trouvailles visuelles qui tantôt frôlent le génie, tantôt s'égarent dans les facilités de la provocation gratuite. Une régurgitation en gros plan, quelques sexes et des fesses par-ci par-là, un énorme hamburger de lombrics grouillants sur lequel on plante un drapeau "Babel", des ananas et des choux crucifiés, un Christ qui se déhanche sur d'atroces braillement et une guitare électrique, et surtout, cette incroyable chorégraphie de trois comédiens dénudés qui se montent dessus dans tout les sens possibles pendant que deux autres semblent ne jamais vouloir s'arrêter de les asperger de peinture.

Les comédiens alternent la prise de parole. Un ange déchu vient nous parler de la chute, ce nouvel "état de grâce" et tout s'effondre, mais pas de panique, elle cherche une paire d'ailes à sa taille sur Ebay. En fait, images et textes se répondent : parce que soyons honnêtes, si les comédiens passaient deux heures à déclamer des textes -aussi intenses soient-il- sous une douche de lumière, on s'ennuierait ferme. Alors Garcia superpose des portraits lyriques ponctués de phrases chocs avec des tableaux délirants, des images évocatrices, truffées de références et variant de l'amusement au dégoût total.

Il tire sur tout et tout le monde avec une effroyable lucidité : le Christ en prend bien sûr pour son grade mais n'est-ce pas surtout un prétexte pour lancer toutes les autres critiques ? Les entreprises qui connaissent mieux que quiconque les désirs profonds de l'Homme. La marchandisation de l'art. La technologie et la course à la consommation. Les opportunistes qui s'approprient l'Histoire et les révolutions d'un clic sur leur Nikon, d'une chronique dans leurs journaux. La folie bio. 

Garcia triture deux heures durant nos pires angoisses, et devant ce carnage presque nihiliste je ne pouvais pas m'empêcher de me demander comment ce type vivait pour flinguer à ce point-là les moindres recoins de nos vies à tous, et à quel âge il se suiciderait puisque c'est aussi très en vogue chez les auteurs.

Toujours est-il que ceux qui voient dans Golgota Picnic un blasphème n'ont pas pu voir la pièce. Le Christ n'est que le point de départ d'un réquisitoire qui n'épargne personne, le vecteur d'une critique dirigée non pas contre la religion mais contre les travers de l'Homme et de nos sociétés. 

Bref, une poignée d'intégristes rageux et/ou étroits d'esprit s'est insurgée pour rien, mais si ce genre de polémiques pouvait raviver la fonction critique du théâtre et intéresser un public plus large, j'irai peut-être allumer un cierge.


17 novembre 2011

Coucou me revoilou.

Elle avait dit qu'elle avait trop de travail pour reprendre du service. En vrai les minutes éparpillées dans la journée durant lesquelles elle procrastine honteusement sur les réseaux sociaux pourraient largement être employées à coucher sur le clavier toutes les absurdités qu'elle entend dans la journée, et les réflexions qu'elle en tire.

Alors elle est reviendue.
Ceci dit, ça ne l'empêche absolument pas de gaspiller un temps fou sur des sites inutiles.

Elle s'est renommée Tortue Rose, même si rose et vert ensemble c'est moche et que s'afficher écolo et féministe comme ça d'entrée de jeu ça risque de faire fuir du monde dans l'assistance.

Elle s'est dit aussi qu'elle ne causerait pas que lois sur la parité et topinambour parce que tout le monde sait que la loi sur la parité est une ineptie et surtout que le topinambour c'est dégueulasse.

Et puis la culture, la politique et l'économie c'est chouette aussi. Bien sûr tout dépend de ce que vous mettez dans chouette, mais s'il y a quoi que ce soit d'intelligent ou de candide à dire sur des sujets d'actualité elle ne s'en privera pas, parce qu'elle aime bien avoir un avis sur tout et se dire que ça ne sert à rien mais que c'est toujours mieux que de dire à Ségolène Royal de se la fermer uniquement parce que tout le monde dit à Ségolène Royal de se la fermer.

Elle espère que vous réagirez aussi, parce qu'elle n'est pas venue pour monologuer, elle sait très bien le faire dans la rue et en fait ça fait peur aux gens.

Amicalement,

TR.